Si vous êtes musicien, producteur indépendant ou tout simplement amateur de musique, vous avez sûrement entendu parler de mastering audio. Cette étape cruciale de la production musicale est pourtant peu connue, et dispose d’une aura mystérieuse.
Réservé en grande partie à des ingénieurs du son qualifiés disposant de matériel pointu et coûteux, le mastering peut s’avérer un budget conséquent pour les artistes amateurs.
Qu’est-ce que le mastering audio ? Quelle est son utilité ? Comment l’effectuer ? Nous vous invitons à lever le voile sur cette discipline et ses applications.
Les origines du mastering audio
Le mastering audio a vu son invention naître de contraintes techniques. L’enregistrement audio connaît un véritable essor dès les années 1940 et surtout à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
L’enregistrement sur vinyle se démocratise et les tourne-disques envahissent les ménages du monde entier. Afin de dupliquer les enregistrements audios pour le plus grand nombre, un “Master” devait être créé.
Cet enregistrement se devait d’être le plus parfait possible et prendre en compte les méthodes de gravures sur le support. Une succession d’ingénieurs du son mettent alors au point des outils et techniques de plus en plus sophistiqués pour éliminer les bruits et fréquences parasites, et unifier les volumes à un niveau agréable.
Le processus de mastering ne cesse de se développer et devient très rapidement une étape immanquable de tout enregistrement audio destiné à un large public.

Les principaux éléments d’un mastering audio
Avant même toute étape de manipulation audio, l’ingénieur du son doit maîtriser son environnement. L’acoustique de la pièce qui servira au mastering doit être parfaite. Les enceintes utilisées, appelées enceinte de monitoring, doivent reproduire fidèlement le son.
Enfin, les outils utilisés doivent être de grande qualité afin de ne pas détériorer le son. Ces contraintes sont coûteuses et sont en grande partie la raison du prix élevé de l’étape de mastering.
Chaque ingénieur du son dispose de sa propre recette de mastering. Cependant, tous utilisent le même type d’outils. Les noms des outils et des techniques employées, à l’instar du terme “mastering”, s’utilisent sous leurs noms anglophones.
- EQ (égaliseur de fréquence) : cette étape est souvent la première. L’ingénieur repère les fréquences parasites, celles trop fortes et celle en retrait, et les égalise en conséquence. Le but ici est d’avoir un son clair et agréable à l’oreille.
- Compression/Multi-Band Dynamics : Cet outil de compression agit indépendamment sur plusieurs groupes de fréquences. L’idée ici est de permettre à certaines fréquences de disposer d’une grande amplitude de volume, et de limiter d’autres types de fréquences à un seuil. Comme son nom l’indique, cette étape dynamise le mix.
- Exciter : L’ingénieur rajoute de la saturation dans certains groupes de fréquences. Cette étape fait ressortir des harmoniques qui donne une rondeur et une plus grande richesse au mix.
- Stereo Imaging : Bien qu’un mix audio soit déjà en stéréo, cette étape manipule le signal sonore pour donner une impression de grandeur et une plus grande présence au mix. Une image stéréo réussie vous plonge au cœur de la musique et celle-ci semble parvenir de tout côté et vous immerger.
- Limiter/Maximiser : Très souvent la dernière étape du mastering. Le volume général du mix est mis à niveau en harmonie avec le reste des morceaux dans le cas d’un album. Pour une diffusion numérique, l’ingénieur répond aux contraintes de volumes imposées par les différentes plateformes. Cela vous permet d’écouter de la musique en continu sans avoir à régler le volume constamment.
- Préparation à la distribution : Cette étape n’agit pas véritablement sur l’enregistrement. Une fois le mastering finalisé, l’ingénieur s’assure de la bonne continuité des morceaux d’un album, gère les silences entre pistes pour une écoute harmonieuse, et insère les méta-données qui identifient les différentes pistes. À la fin de cette étape, les morceaux sont pleinement prêts à être diffusés.
Le mastering à l’ère du numérique
Les avancées technologiques des dernières décennies ont grandement facilité la tâche des ingénieurs en mastering audio. Si les contraintes d’espace d’écoute restent les mêmes, les outils de mastering ont pu être digitalisés de façon efficace.
Le prix de l’équipement n’est donc plus qu’une fraction de ce qu’il était, et les mises à jour permettent aux outils de ne pas devenir obsolète. Cependant certains ingénieurs du son utilisent toujours des appareils analogiques pour leurs qualités sonores vintage.
Avec un support numérique qui peut produire un nombre infini de copies parfaites, le travail de mastering a donc évolué d’un besoin lié à des contraintes techniques à une étape artistique à part entière.

La différence entre le mixage et le mastering
L’étape de mixage et de mastering sont bien souvent confondues par les musiciens en herbe et les amateurs de musique.
Ces deux étapes interviennent en effet après la phase d’enregistrement, peuvent être effectuées par la même personne, et utilisent même des outils similaires. Pourtant, il s’agit bien de deux procédés différents.
Le travail de mixage intervient pendant et après l’enregistrement. L’opérateur s’assure que les prises de son sont claires, nettes et sans bruit parasite. Les niveaux de chaque piste audio (chacune correspondant à un instrument ou un micro différent) sont ajustés.
Les pistes sont aussi réparties sur le spectre stéréo, et si besoin de la compression, de la réverbération ou de l’égalisation de fréquence peut être appliqué.
L’ingénieur du son s’occupant du mastering reçoit donc déjà un fichier audio stéréo écoutable et bien balancé. Son travail consiste à polir le résultat et le standardiser pour la diffusion. À aucun moment l’opérateur de mastering ne retouchera les niveaux individuels des instruments.
Pourquoi faire masteriser sa musique ?
Faire masteriser sa musique est une étape importante si vous souhaitez toucher le plus grand public avec votre musique. La différence entre une musique simplement mixée et une musique masterisée est véritablement conséquente.
Si, sur un simple morceau diffusé en ligne, un morceau non masterisé peut être acceptable, le manque de finition se fera sentir sur un album entier. Et surtout, vos auditeurs pourront très facilement détecter les différences entre vos morceaux et ceux d’autres artistes, notamment dans le cas de lecture en playlist.
Quelle que soit votre virtuosité musicale, les auditeurs modernes ont des attentes pointues en matière de qualité sonore. Ne pas vous mettre au niveau de ces exigences pourrait endommager votre image, et freiner la diffusion de votre musique.

Diffuser de la musique non masterisée ?
Nous avons évoqué l’importance du mastering dans la diffusion d’œuvres musicales. Cependant, vous pourriez ne pas avoir les moyens de vous offrir les services d’un ingénieur du son expérimenté. Alors, que faire ?
La musique a de tout temps échappé au contrôle total de l’industrie, et de nombreux artistes se sont posés les mêmes questions. Vaut-il mieux diffuser de la musique manquant de finition, ou ne pas la diffuser du tout ?
Les vagues Punk, New Age, ou Hip-Hop semblent avoir pris le parti de diffuser à tout prix leur musique. De ces enregistrements “maisons” sont nés une esthétique que reprend aujourd’hui la mouvance Lofi, tant en Hip Hop qu’en House ou Techno.
Une qualité sonore moindre n’est donc pas un frein total à l’expression de votre créativité, mais pourra tout de même y mettre un frein.
Car si des groupes tels que Nirvana ou Sex Pistols ont commencés modestement, le son emblématique de leurs albums provient bel et bien d’un travail effectué par les meilleurs techniciens de l’époque. Afin d’envisager une carrière prolifique, il vous faudra donc préférablement mettre la main à la poche.
Comment masteriser sa musique ?
Il est peu probable que vous disposiez de l’environnement nécessaire à la bonne pratique du mastering. Les espaces acoustiquement optimisés ne sont pas légion et leur mise en place demande un travail précis effectué par des professionnels.
De plus, le mastering demande des connaissances très poussées que seuls les ingénieurs du son expérimentés sont à même de mettre en pratique efficacement. Pour un travail de qualité, il vous faudra donc vous référer à des spécialistes.
Les alternatives
Si vous n’avez pas les moyens financiers de vous payer les services d’un ingénieur du son, mais que vous souhaitez améliorer sensiblement vos productions audio, il existe des alternatives qui fournissent un résultat honnête à faible coût.
LANDR est une plateforme en ligne mettant à profit un réseau neuronal d’intelligence artificielle évoluant constamment. En quelques minutes, l’algorithme vous fournit un rendu de qualité se rapprochant des résultats professionnels, pour la fraction du prix.
D’autres plateformes telles que emastered ont depuis vu le jour et offrent des résultats similaires.
Les logiciels de Musique Assistée par Ordinateur (M.A.O.) disposent de tous les éléments essentiels au mastering. Via des plug-ins, vous pourrez bénéficier d’outils professionnels capables de produire un résultat de très haut niveau.
Ozone, de la société Izotope, est un logiciel dédié au mastering vous permettant d’utiliser des configurations préétablies pour une utilisation facilitée. Dans tous les cas, les logiciels ne feront pas de miracle, et il vous faudra vous investir dans l’apprentissage de l’art du mastering.







