Comment Rapper sur une Instru ? (Tuto)

Il y a un mythe tenace dans le monde du rap qui prétend que le flow est un talent inné, presque un pouvoir magique, et que si on n’arrive pas naturellement à rapper en rythme, on n’y arrivera jamais.

Ce n’est pas vrai ! Certes, comme dans tous les domaines artistiques, certaines personnes ont des dons et d’autres n’en ont pas. Mais rapper sur une instru, c’est comme apprendre à jouer d’un instrument : cela s’apprend.

Il suffit de savoir comment se construit un morceau, de travailler son flow, et de s’entraîner.

Si vous connaissez déjà les mots « topline » et « 16 mesures », mais que vous ne savez pas par où commencer, suivez le guide pour apprendre à rapper sur une instru comme un professionnel.

1. Maîtriser le rythme

a. Les temps et les mesures

Pour rapper sur une instru, il faut maîtriser le rythme, et pour maîtriser le rythme il vous faut des bases de solfège. Ne partez pas, ce sera simple.

On détermine le rythme d’un morceau en comptant les temps et les mesures.

Une mesure en musique est une façon de diviser un morceau en parties égales de même durée. Les mesures sont composées de plusieurs temps.

Vous savez déjà tout cela instinctivement : quand vous tapez du pied ou hochez la tête en rythme en écoutant un son, vous marquez les temps.

Vous tapez du pied plus ou moins vite selon le BPM, Battements Par Minute. Le BPM est le nombre de temps que l’on compte en une minute de chanson. Une chanson avec un BPM haut aura un rythme très rapide, une autre avec un BPM bas sera plus « calme ».

La plupart des morceaux de rap et de hip-hop sont en 4/4, c’est-à-dire que chaque mesure comporte quatre temps. Le BPM, lui, peut varier énormément d’une chanson à l’autre.

unites temps musique

b. Le “seize mesures”

Vous avez sûrement entendu le terme « seize mesures » en rap. ”Écrire un seize mesures” est parfois utilisé comme un terme généraliste pour écrire un texte, car les couplets de rap font souvent seize lignes, chaque ligne correspondant à une mesure de quatre temps. « Écrire un seize mesures », c’est donc écrire un couplet qui fait seize fois quatre temps.

C’est la longueur traditionnelle des textes de rap, mais rien ne vous force à vous y conformer. Au contraire, si vous cherchez trop à suivre les « règles » d’écriture, votre son ne se démarquera pas.

Astuce : Prenez un morceau au hasard, pas forcément un morceau de rap, et tapez le rythme avec vos mains ou vos pieds en écoutant bien chaque instrument. Si vous êtes vraiment motivé, faites cet exercice à chaque fois que vous écoutez de la musique. Cela entraînera votre oreille à bien déterminer le rythme d’une instru.

2. S’entraîner

a. Sur les sons des autres

Prenez d’abord un titre que vous connaissez par cœur.

Entraînez-vous à le rapper a capella, c’est-à-dire seul, sans musique. Si vous le pouvez, utilisez un métronome en ligne, réglez-le sur le rythme exact de votre son et essayez de rapper en suivant bien le rythme.

Puis prenez une version instrumentale d’un morceau que vous connaissez par cœur, et essayez de rapper les paroles par-dessus.

Ces entraînements sont plus difficiles qu’ils n’en ont l’air et ils vous aideront vraiment à rapper seul plus tard. Ils vous apprennent à maîtriser votre flow et à bien poser votre voix sur un son. Faites-les plusieurs fois et vous serez beaucoup plus à l’aise quand il s’agira de vos propres textes.

poser voix sur son

b. Sur une instru

Prenez un morceau entièrement instrumental sur lequel vous allez créer votre son.

Il y a plusieurs critères de choix auxquels vous devriez faire attention. D’abord, le rythme doit être bien marqué et assez régulier pour que vous puissiez le suivre facilement.

Ensuite, la « couleur », l’émotion qui s’en dégage doit correspondre à ce que vous aimez et ce que vous voulez écrire. Vous aviez en tête un texte engagé, triste, ou plutôt un clash ?

Enfin, faites attention au BPM, à la rapidité du tempo de votre instru. Il déterminera la vitesse à laquelle vous devrez rapper. Au début, vous aurez beaucoup de mal à rapper votre propre texte sur une instru au tempo rapide. Vous imiterez Eminem plus tard, prenez votre temps et choisissez quelque chose d’assez lent.

Maintenant, une petite astuce pour vous familiariser avec l’instru choisie. Prenez un texte au hasard : article Wikipédia, premier livre à portée de main… Et essayez de le rapper sur votre instru. Cela va vous entraîner à adapter un texte à une mélodie.

rapper sur instru

3. Se lancer

a. Analyser l’instru

Écoutez bien plusieurs fois l’instru que vous avez choisie, et concentrez-vous sur chaque élément.

Les temps sont souvent marqués par les « kicks », ou sons de la grosse caisse qui font un « poum », et les « snares », sons de caisse claire, qui font « tchak ». Ils tombent de manière alternée sur le deuxième temps de chaque mesure, c’est donc un bon guide pour suivre le tempo et savoir où poser votre voix.

C’est pour cela qu’il ne faut pas choisir une instru trop complexe au début : la création de la partie vocale sera beaucoup plus difficile si vous avez du mal à sentir le rythme.

Analyse instru rap

b. Créez la topline

Un morceau est composé de trois parties : l’instrumentale, la partie vocale et le texte.

Lorsque vous maîtrisez bien l’instrumentale, vous pouvez vous lancer dans la création de la partie vocale en créant ce qu’on appelle une topline.

Dans le rap on parle souvent de topline pour désigner les paroles « en yaourt », mots sans queue ni tête utilisés pour rapper sur l’instru et travailler la partie vocale sans avoir à écrire de texte. La topline englobe aussi les intonations, les ad-libs, les gimmicks (comme le célèbre « pouloulou » de Niska) qui se retrouveront dans le son final.

Commencez donc par chanter en « yaourt » sur votre instru choisie : faites semblant de rapper sans parler, en remplaçant les paroles par des « nanana », des « tadadada »…

Cela vous permet de tester votre propre voix sans vous inquiéter des paroles pour l’instant. C’est un bon moyen d’expérimenter, de vous adapter à l’instrumentale, de déterminer quel genre de rythme vous voulez donner à votre flow.

Dans le rap les paroles sont scandées en rythme en insistant sur les consonnes et en marquant les temps, le « yaourt » vous permet également de vous entraîner à faire cela.

Creation topline rap son

4. Écrire

a. Les règles

Maintenant que vous avez maîtrisé les autres étapes de création, il n’y a plus qu’à vous mettre à l’écriture. Cela dit, il y a quelques règles et traditions à connaître, et quelques détails auxquels vous devez faire attention.

Le plus souvent les rimes, les punchlines, les moments forts de votre texte se placent sur le deuxième temps d’une mesure. C’est un bon moyen de vous repérer quand vous commencez à rapper.

Cela dit, il est très important de ne pas suivre cette règle à la lettre, sinon votre son risque d’être extrêmement répétitif, banal et monotone.

Les allitérations (répétition d’une consonne plusieurs fois dans une phrase) et les assonances (répétition d’une même voyelle) peuvent être plus importantes que les rimes dans votre texte. Elles donnent de la structure et de la couleur à votre flow.

En fait, beaucoup de textes de grands rappeurs ne riment pas systématiquement, voire ne riment pas du tout, mais le texte lui-même est suffisamment musical pour ne pas en avoir besoin.

ecriture son rap

b. Les astuces

Le bloc-notes ligné

Si vous voulez écrire plus facilement quand vous faites un 16 mesures, prenez un bloc-notes et séparez 16 lignes horizontales en quatre morceaux. Chaque ligne correspond à une mesure, et les quatre morceaux correspondent aux quatre temps d’une mesure.

Le kick/snare tombe sur chaque deuxième temps, soit au milieu et à la fin de la ligne. C’est à ces endroits-là que tombent généralement les rimes.

Vous aurez ainsi une espèce de partition extrêmement simplifiée de votre instru, que vous pouvez utiliser pour écrire votre texte en plaçant vos rimes, vos scansions et vos punchlines directement sur le rythme de la musique.

La respiration

Quand vous travaillez votre texte, n’oubliez pas que ce n’est pas juste un texte littéraire : vous allez devoir le rapper. Vous devez donc vous laisser du temps dans votre son pour reprendre votre respiration, sinon vous finirez essoufflé après un couplet.

C’est aussi pour cela qu’il faut faire attention au BPM de votre instru : Il est plus facile de reprendre son souffle sur un son avec un tempo lent.

Rapper au studio

Jouez avec les règles

Une fois que vous aurez bien maîtrisé les bases présentées dans cet article, dépassez-lez et remettez-les en cause. L’immense majorité des sons qui fonctionnent ont eu du succès justement parce qu’ils ont bousculé les codes.

Rappez hors tempo, faites des lignes plus longues que les autres, testez autant de choses que vous voulez jusqu’à ce que cela sonne bien.

Sauvegardez tout !

Rapper sur une instru ne s’improvise pas, et il vous faudra des dizaines d’essais avant d’obtenir un résultat qui vous plaît. La plupart des jeunes rappeurs et des topliners enregistrent systématiquement tous leurs essais et leurs tests, en général sur leur téléphone. Faites de même, c’est comme ça que vous verrez vos progrès !

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