La recherche de saturation dans le son des guitares électriques est presque aussi vieille que l’électrification des guitares. À l’origine souvent accidentels, ces effets de saturation étaient obtenu en jouant sur le gain des amplis à lampes. Il s’agissait de pousser le signal à fond, au point de dépasser les capacités du tube.
L’effet tant recherché est toutefois susceptible de provoquer une usure prématurée des tubes et lampes. Les pédales d’effet ont offert la possibilité de moduler plus finement, et à moindre frais, les possibilités de saturation.
Beaucoup de guitaristes chevronnés auront sous le pied une pédale d’overdrive et une autre de distorsion. Pourquoi ? Quels sont les effets recherchés ? Ces deux pédales sont-elles si différentes ? Explications.
Présentation brève des pédales d’overdrive et de distorsion

Les pédales d’effets overdrive et de distorsion permettent de créer des effets de saturation, à l’image de ce qui peut être obtenu en poussant à fond le gain d’un ampli à lampes. Leur intérêt est cependant multiple, dans les deux cas.
D’une part, même si la recherche de saturation « naturelle » sur les amplificateurs à préexisté pendant plus de 20 ans avant l’arrivée des pédales, cela posait quelques contraintes. La manipulation n’était pas d’une grande fluidité, et le procédé a tendance à user prématurément les tubes et lampes des amplis.
Il ne fallait donc pas en abuser, et on comprend pourquoi les rocks lourds très saturés n’auraient pas vraiment pu voir techniquement le jour (même s’il y a d’autres raisons, bien entendu). D’autre part, le procédé, bien qu’offrant une saturation naturelle encore recherchée par certains musiciens, ne permet pas une grande précision.
Les pédales d’effets telles que l’overdrive et la distorsion permettent, grâce à un système de transistors, d’imiter le rendu d’une saturation, agissant comme un « boost » en sortie d’ampli. Elles permettent également de moduler cet effet pour en affiner le rendu, en colorant plus ou moins le son.
Mais il faut bien comprendre que l’overdrive et la distorsion le font chacune à leur manière, et qu’il s’agit de deux pédales bien différentes, même si le principe et parfois quelques effets sont similaires.
Quelles sont les principales différences entre l’overdrive et la distorsion?
Le répertoire

Leurs caractéristiques respectives font que les pédales d’overdrive et de distorsion ne sont pas utilisées au sein du même répertoire. En réalité, ce sont un peu plus que des accessoires. Forgeant un véritable son caractéristique, elles font partie des signatures de certaines styles musicaux.
La pédale de distorsion est ainsi particulièrement attachée au rock, au grunge, au hard rock ou encore au métal. Sa coloration très marquée est bien adaptée aux amplis plus récents, plus transparents, y compris à transistors.
La pédale d’overdrive est elle davantage dédiée au blues et au premier rock, étant particulièrement bien adaptée aux amplis à lampes (et plus c’est « old-school », type vieil ampli Fender, mieux c’est ! ).
Le niveau d’écrétage du signal
Ce point technique revêt une importance fondamentale, l’observation sur un oscilloscope des fréquences de sortie permettant de prendre conscience des effets de la pédale d’overdrive sur les fréquences sonores.
Le son en sortie correspond à une onde sinusoïdale, faite de courbes ascendantes et descendantes. En amplifiant l’onde jusqu’à un point de saturation du système d’amplification, on constate que les extrémités (les « crêtes »)hautes et basses de cette onde s’aplatissent. C’est le phénomène de l’écrêtage, qui peut être obtenu de manière volontaire et modulée.
Une des conséquences principales pour le son est qu’on observe une multiplication des harmoniques, ces notes résonnantes se dégageant derrière la fondamentale si les conditions sont réunies. Or, plus un son est riche en harmoniques, plus il est déformé par rapport au signal d’origine.
Donc, plus l’écrêtage obtenu par saturation est important, moins le son ressemblera au signal originel. Une pédale overdrive se différencie d’une pédale de distorsion par un écrêtage assez léger, modifiant le signal de façon caractéristique, mais sans provoquer de grosse saturation d’emblée.
L’overdrive agit en outre surtout en ecrêtant les aigus, ce qui apporte une certaine chaleur au son. De son côté, la pédale de distorsion porte bien son nom. Il n’est pas question de seulement colorer le son : dès les premiers réglages du gain, la saturation est bien présente.
On ne règle donc pas tant l’intensité de cette saturation, qui peut être quasiment inexistante avec l’overdrive, que la richesse en harmoniques. Celle-ci peut être très prononcée, créant un son gras voire très riche, très caractéristique des pédales de distorsion.
L’agressivité

La pédale de distorsion est la plus agressive. En effet, même avec le potard de gain au plus bas, le signal est plus écrêté, beaucoup moins naturel, et de loin plus « pêchu ».
En revanche, l’overdrive est capable de beaucoup de finesse, cherchant plus l’effet, bien qu’étant capable de distorsions presque aussi importantes que la pédale de distorsion si on la pousse à fond. Néanmoins, si la pédale de distorsion est plus agressive, elle est aussi plus précise et ne masque pas les aigus.
La modification du son
Dans la pratique, on différencie l’overdrive et la distorsion dans leur manière de modifier le son en sortie d’ampli. L’overdrive est capable de conserver les caractéristiques sonores de l’amplificateur, tout en y ajoutant quelque chose (coloration, lissage des aigus).
La saturation apparaît comme assez similaire à ce qui serait obtenu par une saturation de l’ampli à lampes lui-même, mais sans abîmer les tubes et avec un côté plus modulable.
Les amplis colorant bien le son y trouveront avantage, conservant leur couleur. Une pédale de distorsion va en revanche remodeler franchement le son. Un ampli plus transparent est alors plus adapté, car c’est bien la pédale de distorsion qui assure une coloration saturée du son.
Notre avis sur l’overdrive

Quels sont les avantages de l’overdrive ?
- Relativement bonne conservation du signal d’origine
- Saturation modulable de faible à forte
- L’écrétage agit essentiellement sur les aigus, ce qui donne un son très chaleureux, parfois qualifié de « crémeux ».
- Son coloré
- Permet tout de même une grosse saturation, c’est au choix
- Large plage dynamique
Quels sont les inconvénients de l’overdrive ?
- Pas autant de pêche qu’une pédale de distorsion ou qu’une pédale Fuzz
- Trop limitée pour certains répertoires très gourmands en saturation, et pas idéal pour supporter la virtuosité dans les aigus
- Peu adaptée aux amplis à transistors
A qui recommande-t-on une pédale d’overdrive ?

Une pédale d’overdrive est tout particulièrement dédiée aux guitaristes de blues ou de rock, à la recherche d’une distorsion maîtrisée. Si vous aimez les distorsions naturelles, proches de celles obtenues en manipulant directement le gain de ampli à lampes, l’overdrive est un choix tout indiqué.
Typiquement, les amateurs de son vintage et de vieux amplis emblématiques apprécieront de pouvoir leur apporter une rondeur légèrement saturée très typique, d’une meilleure fidélité que les pédales de distorsion.
Notre Avis sur la pédale de distorsion
Quels sont les avantages d’une pédale de distorsion ?

- Idéal pour jouer totalement dans la saturation
- Son pêchu, gras et très compressé
- Parfait pour le gros rock, le métal, le grunge
- Signal très écrêté visant une transformation du timbre des instruments
- Précision excellente, ajustable via le réglage de la tonalité (qui permet d’accéder à plus ou moins d’harmoniques).
Quels sont les inconvénients d’une pédale de distorsion ?
- Entre d’emblée dans la distorsion, avoir une overdrive à côté si plus de finesse est nécessaire ponctuellement
- Le signal est plus compressé
- Rendu agressif, voire très agressif (mais si c’est recherché, tant mieux).
A qui recommande-t-on une pédale de distorsion ?

La pédale de distorsion est dédiée depuis ses origines aux guitaristes de rock lourd, et par extension de métal et de tous les styles qui en découlent. Il s’agit d’un incontournable pour qui recherche un son riche, intense, dans lequel la saturation est omniprésente tout en permettant une modulation de la tonalité, et donc de la richesse en harmoniques.
Les musiciens qui recherchent un sustain accru se tourneront également plus vers la distorsion que vers l’overdrive.
FAQ
Les pédales d’overdrive et de distorsion sont-elles cumulables ?
Oui, les guitaristes savent bien qu’il y a beaucoup d’avantages (et de fun) à avoir plusieurs pédales sous le pied, l’intérêt étant justement de varier les effets avec le plus de finesse possible. Et comme la distorsion et l’overdrive ne font pas exactement la même chose, cela peut être une bonne idée de vouloir exploiter le potentiel des deux pédales.
Attention toutefois à faire des essais, notamment pour bien définir ce que fera chaque pédale d’effet en fonction de l’ampli. Ce dernier doit être de préférence à lampes pour que le potentiel des pédales, notamment de l’overdrive, vaille la peine d’être développé.
L’une des deux pédales a-t-elle quelque chose à voir avec les anciennes pédales Fuzz ?
La pédale Fuzz, c’est un peu l’ancêtre de la pédale de distorsion (on ne peut pas vraiment en dire autant pour la pédale d’overdrive). Mais elle est beaucoup plus brute, avec un écrêtage très important, et généralement sans réglage de type « tone ».
La seule manière de moduler l’effet de cette pédale qui a tout d’archaïque est de jouer avec le volume de la guitare elle-même. La pédale de distorsion offre beaucoup plus de possibilités de recherche d’harmoniques, et la pédale d’overdrive joue dans un registre différent.
On ne peut donc pas vraiment remplacer une distorsion par une Fuzz, encore moins une overdrive. En revanche, les pédales Fuzz sont encore utilisées. Elles ont été appréciées en leur temps et encore aujourd’hui dans certains répertoires éventuellement expérimentaux, type rock alternatif ou fusion.
C’est la pédale emblématique de Jimmy Hendrix, dans ses recherches de destruction du son, et on l’entend chez les Rollings Stones. La Fuzz reste trop agressive pour le blues et le rock, et trop imprécise pour le métal. Les aigus sont en effet pas seulement diminués comme pour l’overdrive, mais bel et bien déformés, si ce n’est méconnaissables.
Y a-t-il des exemples typiques d’utilisation de l’overdrive ou de la distorsion ?
Oui. Un exemple connu et intéressant est celui de « Smell like à teen spirit », de Nirvana. Le riff d’introduction sonne clairement comme une overdrive tout en maîtrise. Mais la suite du morceau, quand le riff devient moins propre, tout en étant plus riche et plus lourd. C’est de la distorsion.
On peut comparer un son de distorsion avec les riffs du groupe AC-DC, qui sont du poussage de gain d’ampli pur, sans pédale d’effet : Cobain est à la fois plus propre et plus compressé, moins mordant mais plus riche.
Si vous voulez entendre du bel overdrive, autant en solo que sur des mélodies plus amples, allez chercher du côté de Steve Vai, c’est à dire Pink Floyd, Joe Satriani, et bien sûr chez à peu près n’importe quel musicien de blues des années 60. Pour du pur distorsion, bien crunch mais avec une précision des aigus et une virtuosité inégalables, prenez Matt Belamy, donc Muse.







